To stream or not to stream ?

Durant l’hiver 2020-21, la fermeture prolongée des salles de spectacles en raison de la pandémie a conduit la plupart des acteurs culturels à réinventer leur mode de fonctionnement, en s’appuyant sur les ressources du numérique. Le streaming des spectacles via des plateformes comme Youtube ou Facebook s’est peu à peu imposé comme un des outils privilégiés pour essayer coûte que coûte de maintenir le lien entre le public et les artistes. A l’heure où les salles de spectacle ré-ouvrent progressivement leurs portes, j’ai souhaité faire un premier bilan de ces tentatives de concert dématérialisé, en m’appuyant sur une expérience de première main : le festival Mousiki, musiques et danses de Grèce, organisé par les Ateliers d’ethnomusicologie (mon employeur actuel).





Bilan d’un festival en streaming


Du 1er au 8 mars 2021, , les Ateliers d’ethnomusicologie (ADEM) ont mis sur place Mousiki !, un festival en streaming dédié aux musiques traditionnelles de Grèce : 6 concerts enregistrés à huis-clos sans public et diffusés en live sur leur site www.adem.ch, leur chaîne Youtube et leur page Facebook.


A première vue, les statistiques fournies par les plateformes Youtube et Facebook montrent un relatif succès du festival en termes d’audience cumulée. Les diffusions en direct ont rassemblé une moyenne de 200 auditeurs, tandis que les diffusions en replay ont permis à 2000 autres spectateurs en moyenne de revisionner chaque concert pendant une semaine. Ces chiffres bruts supportent tout à fait la comparaison avec ceux des concerts en présentiel organisés par les ADEM.


Toutefois, si on creuse un peu plus l’analyse, on constate que la moyenne des durées de visionnement des concerts du festival est de 7-8 minutes sur Youtube, et de moins d’une minute sur Facebook (pour des concerts d’une durée moyenne de 30-40 minutes). De manière plus fine, le nombre des spectateurs décroit drastiquement dans les toutes premières minutes de la video, avant de stabiliser autour de 15% du nombre de vues. On peut considérer que les spectateurs restants visionnent le concert dans son intégralité. Ce phénomène est encore accentué sur Facebook.


Quels enseignements pour les acteurs culturels ?


Ces résultats nous conduisent nécessairement à nous interroger sur les modalités de visionnement d’une diffusion de concerts en streaming. L’expérience du festival Mousiki nous montre notamment que les capacités d’attention, et donc de rétention, d’une audience en ligne ne supportent pas la comparaison avec celles d’une audience en présentiel. La première est en effet soumise à de multiples sources de distractions, tant on-line que off-line. La seconde a fait au contraire le choix (exclusif de beaucoup d’autres) de venir dans une salle de concert, et de s’y immerger corps et âme pendant toute la durée du concert.


Dans nos quotidiens confinés, le festival Mousiki ! a cependant constitué une bouffée d’air bienvenue et a offert une rare occasion pour les artistes de se produire et d’interagir avec un public, même en ligne. De nombreux témoignages de gratitude nous sont d’ailleurs parvenus, tant de la part des artistes que des téléspectateurs, et nous ont fait réaliser à quel point cet événement dématérialisé avait joué son rôle de connecteur entre les différentes parties prenantes. Notons également le rôle important qu’a pu jouer le festival pour maintenir la motivation et la mobilisation de l’équipe des ADEM.


En outre, et indépendamment du contexte sanitaire actuel, il est important de souligner que la diffusion du festival Mousiki ! en streaming nous a offert la possibilité de toucher d’autres publics, notamment des publics « empêchés » qui, pour diverses raisons (pécuniaire, grand âge, handicap, éloignement géographique, garde d’enfants en bas âge, etc..) n’auraient pas eu la possibilité matérielle de se déplacer pour assister à un concert en présentiel, ou encore des publics qui ne se seraient pas sentis « légitimes » à fréquenter une salle de spectacle.


En conclusion, je citerai Fabrice Contri, le directeur des ADEM et programmateur du festival Mousiki ! : « En dépit de (..) quelques réserves, ou plutôt grâce à elles, c’est avec une grande reconnaissance envers tout ce que nous apportent ces moyens de la « Grande Modernité » numérique que les Adem ont choisi d’emprunter la voie d’une réalisation virtuelle pour leur festival d’hiver 2021 Μousiki ! Musiques et danses de Grèce, et qu’ils donneront probablement une place plus grande à l’univers digital dans un proche futur ».*


(*) Extrait de l’article du blog des ADEM : « virtuel, vous avez dit virtuel ? »


Pour aller plus loin


Retrouvez la programmation détaillée du festival Mousiki sur le site des ADEM : www.adem.ch

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Jean-Alexis Toubhantz

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Bienvenue sur mon blog. Au fil des articles publiés sur nos vies numériques, j’interroge les opportunités comme les menaces de la révolution numérique pour notre quotidien, nos sociétés démocratiques, notre vie culturelle, les prochaines générations, etc.

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