Scarlett et Novak, le couple parfait ?

Dans ce post, je traite de Scarlett et Novak, une courte nouvelle d’Alain Damasio, qui dénonce avec une rare acuité notre addiction aux outils numériques, mais aussi notre immense vulnérabilité lorsque ceux-ci nous font défaut. Parce qu’il a été écrit tout spécialement pour nos ados dans une langue très accessible, je l’ai fait lire à quatre ados et pré-ados, en l’occurrence mes deux filles et leurs cousins, respectivement agés de 10,11,12 et 13 ans. S’en est suivie une discussion passionnante où nous avons pu partager nos impressions de lecture.





Alain Damasio, pourfendeur de nos « technococons »


Pour ceux qui ne connaissent pas (encore) l’auteur, rappelons qu’Alain Damasio est l’auteur à succès de deux magnifiques romans-monde aux frontières de la science-fiction et de la fantasy, respectivement La horde du Contrevent (2004) et Les Furtifs (2019). Dans les Furtifs, Damasio imagine avec brio un futur proche hyper capitaliste et hyper connecté, sur lequel je reviendrai dans une prochaine chronique.


Une vie à caresser une vitre

Dans Scarlett et Novak, l’auteur met en scène avec beaucoup de réalisme la dépendance de Novak, un jeune garçon en chair et os, à Scarlett, l’intelligence artificielle (IA) de son brigthphone, un petit bijou de technologie. Dans un futur pas si éloigné, Scarlett est une version survitaminée de Siri, l’assistant intelligent de nos Iphones. Scarlett offre à Novak un miroir toujours complaisant de lui-même, anticipe ses moindres désirs, traduit les langues étrangères en temps réel, bref Scarlett incarne à la fois l’amie idéale, la confidente, l’amante, le couteau suisse : le meilleur des mondes que nous réserve à courte échéance nos chers GAFAMs.


Écrite en 2004, mais récemment rééditée en version papier, la nouvelle n’a rien perdu de sa pertinence. On y retrouve le style enlevé de Damasio, son goût des néologismes créés de toute pièce, son aptitude à imaginer un futur pas si éloigné de notre réalité, ce qui le rend encore plus réaliste et … inquiétant.


Et qu’en ont pensé mes jeunes lecteurs ?


Une nouvelle fois, je suis frappé, et rassuré, par leur discernement. Bien sûr, ils devinent les dérives que peut entrainer une dépendance excessive à leurs outils technologiques. Bien sûr, ils savent que cette dépendance se construit dans un usage récurent et immodéré de ces mêmes outils. Bien sûr, ils savent distinguer entre leurs amis de chair et de sang, et leurs alliés numériques, surtout si les seconds leur permettent d’avoir un accès démultiplié aux premiers. Bref, j’ai trouvé des ados plutôt bien dans leurs baskets, qui expriment avec leurs mots et par leurs usages une vision de la technologie moins angoissante que celle imaginée par l'auteur.


Bien sûr Alain Damasio m’objecterait, avec raison, plusieurs critiques : Mon panel est-il vraiment représentatif ? et surtout, mes ados ne sont-ils pas enclins à me fournir les réponses rassurantes que je souhaite entendre …

Scarlett et Novak

d'Alain Damasio

Editions Rageot, 2021

1èrer édition, 2014, sur le site www.01net.com

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Jean-Alexis Toubhantz

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Bienvenue sur mon blog. Au fil des articles publiés sur nos vies numériques, j’interroge les opportunités comme les menaces de la révolution numérique pour notre quotidien, nos sociétés démocratiques, notre vie culturelle, les prochaines générations, etc.

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