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Chérie, j’ai Instagrammé les gosses !

  • jatzjatz
  • 24 sept.
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 5 jours

Un débat nécessaire sur le « sharenting », le droit à l'image et le consentement des enfants avant la publication de photos par leurs parents.


 un dessin représentant deux jeunes enfants, un petit garçon et une petite fille, que l'on voir aussi à travers un écran de smartphone dans une mise en abyme

L’émission « Le téléphone sonne » de France Inter a récemment consacré un débat à ce sujet, visant à alerter sur les dangers de l’exposition numérique des plus jeunes. Les chiffres cités dans l’émission sont édifiants : 53 % des parents français déclarent avoir déjà publié des contenus liés à leurs enfants, et près de la moitié des images retrouvées sur des sites pédocriminels proviennent de photos partagées sur les réseaux sociaux. De quoi faire réfléchir.


Le succès du sharenting


Le « sharenting », contraction de share (partager) et parenting (parentalité) désigne cette tendance de plus en plus  répandue parmi les parents de publier des photos de leurs enfants sur les réseaux sociaux.


Banalisée par l’usage des smartphones et l’envie de valoriser son quotidien à travers la publication de contenu en ligne, cette pratique est dopée par la viralité des contenus mettant en avant de jeunes enfants, contenus qui génèrent plus d’engagement que la moyenne et sont donc favorisé par les algorithmes des plateformes. D’où la tentation toujours plus grande pour les parents d’y exposer leur progéniture.


Indépendamment de sa popularité croissante, qui est un problème en soi, le sharenting soulève de sérieuses questions de sécurité, de respect de la vie privée et de droits fondamentaux des enfants.  


Une pratique anodine qui met en danger nos enfants


Au micro de France Inter, Églantine Cami, chargée de plaidoyer jeunesse pour l’association Caméléon, qui lutte contre les violences sexuelles envers les enfants, rappelle que publier une image n’est jamais anodin : derrière la photo se cachent aussi des données (lieux, habitudes, réseaux) exploitables par des personnes malveillantes.   Les frontières entre le virtuel et le réel sont perméables, et 40% des personnes ayant consulté des contenus pédocriminels sur le darknet ont déjà cherché à contacter un enfant directement...  Avec l’émergence de l'IA générative, chaque image, même anodine, peut être capturée, détournée, recadrée, insérée dans des bases de données pédocriminelle.


Respect du droit à l’image


Bruno Studer, le second invité de l’émission, insiste sur la dimension législative et éthique : droit à l’image, consentement des mineurs, nécessité de poser un cadre pour éviter que l’exposition précoce devienne une norme sociale irréfléchie.


Ancien député du Haut-Rhin (jusqu’à la funeste dissolution de juin 2024), l’invité connait bien son sujet. En 2002, il a fait adopter une loi pionnière en la matière, articulée autour de deux volets principaux : un qui impose la présence d’un dispositif de contrôle parental sur tous les appareils connectés et un autre, qui renforce la protection du droit à l'image des enfants sur Internet, responsabilisant les parents sur la diffusion de photos et vidéos de leurs enfants.


Bruno Studer souligne que l’objectif de sa loi vise à mieux faire respecter le droit à l'image des enfants et prévenir les risques liés à la diffusion non consentie de leur image sur les réseaux sociaux, notamment les abus de certains parents ou l'exploitation dans des contextes publicitaires.  La loi met en place une responsabilité partagée des parents et introduit la possibilité de poursuites à l’encontre des parents si le ou les plaignants arrivent à démontrer que la-les publications parentales sont susceptibles de leur causer un préjudice. 


Sensibiliser plutôt que sanctionner

Confronté-e-s à plusieurs témoignages téléphoniques de mamans qui font toujours "tout bien" et déroulent à l'antenne un argumentaire très moralisateur, les deux invités de l’émission mettent en avant une approche qui privilégie la sensibilisation plus que la culpabilisation : il ne s’agit pas de juger les parents, mais de leur donner des clés de précaution. Avant de publier une photo, se demander : Pourquoi la partager ? L’enfant est-il d’accord ? Cette image peut-elle lui nuire plus tard ? Des gestes simples (compte privé, followers de confiance, photos où l’enfant n’est pas reconnaissable) peuvent déjà réduire les risques.


Églantine Cami souligne également l’existence d’un biais de genre et de classe. Plusieurs enquêtes de terrain révèlent que la pratique du sharenting est majoritairement féminine, et plus développée chez les jeunes femmes issues de milieu populaire. Une des explications avancée par les enquêteurs est que ces jeunes femmes voient dans la pratique du sharenting une manière de contrebalancer une situation personnelle et/ou professionnelle souvent précaire et dévalorisée en mettant en scène leur quotidien domestique afin de magnifier leur rôle de "bonne "mère, en illustrant par leur publication leur capacité à bien s’occuper de leurs enfants. 


Ma propre pratique : entre prudence et humour


Pour ma part, mon métier de communicant m’a depuis longtemps sensibilisé à ces enjeux de données, d’image et de consentement. Aussi je ne partage pas de photos de mes proches, et a fortiori de mes enfants, sur les réseaux sociaux. Cela me semble une évidence.


J’avoue toutefois une exception avec Spicy, mon fidèle compagnon à quatre pattes. Sur mon compte Instagram, mon chien est omniprésent, notamment dans mes stories. Alors, dois-je culpabiliser ? Faut-il que je lui demande son autorisation avant chaque publication ? Quels sont les risques pour son image numérique à long terme ? La question est évidemment posée sur un mode humoristique… Mais au fond, elle illustre bien ce paradoxe : nous sommes prompts à partager, parfois sans recul, parce que le geste est devenu naturel.


Et si, en repensant nos pratiques, nous faisions un peu plus de place à la pédagogie et au consentement, même (et surtout) quand il s’agit de nos enfants ?

 

Check list à l’intention des parents :

 

Ø  Avant de publier une photo de mon enfant sur les réseaux sociaux, je me pose les bonnes questions : pourquoi ai-je envie de la partager sur les réseaux sociaux ? Cette photo peut-elle porter préjudice ? mon enfant en a-t-il envie ? En a-t-il besoin ? Est-ce que je le protège en l’exposant ? Qu’est-ce que je révèle sur ses goûts, ses loisirs, les lieux qu’il fréquente ? Comment ces photos peut-elle être utilisées ?

 

Ø  Je privilégie la publication de ma photo sur un compte privé sur les réseaux sociaux, Sinon, je fais le choix de l’envoi de photos par message privé.

 

Ø  Je vérifie que mes followers sont des gens de confiance : 80 % des parents ont dans leur liste d’abonnés des personnes qu’ils n’ont jamais rencontrées physiquement.

 

Ø  Pour minimiser les risques de récupération :

- Je privilégie les photos de dos / de profil / à distance où mon enfant n’est pas reconnaissable.

- Je mets un émoji sur son visage (mais attention, certaines technologies permettent désormais de les ôter !)

- Je m’assure que l’image ne véhicule pas des données sensibles susceptibles de faciliter l’identification de mon adresse ou de dévoiler les routines de mon quotidien ou celui de mon enfant.

 

Pour aller plus loin :

 

Réécoutez l’émission de France Inter en replay :

 

Lisez la tribune de Clara Chappaz, éphémère ministre déléguée chargée du numérique du gouvernement Bayrou

 

Le texte de la loi dite « Studer » sur le contrôle parental et le repect du droit à l’image des enfants :

 

Une fiche conseil sur le sharenting responsable conçue par l’association e-enfance à télécharger ici :

Commentaires


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Jean-Alexis Toubhantz

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Bienvenue sur mon blog. Au fil des articles publiés sur nos vies numériques, j’interroge les opportunités comme les menaces de la révolution numérique pour notre quotidien, nos sociétés démocratiques, notre vie culturelle, les prochaines générations, etc.

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