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"La Fièvre" sur Canal+

Quand les réseaux sociaux façonnent l’opinion publique

Thermomètre à mercure indiquant une forte fièvre, illustration littérale de la série La fièvre sur Canal+

Je viens de terminer la nouvelle série "La Fièvre" sur Canal+ et je suis encore sous le choc de sa dimension prophétique. La série nous offre une réflexion pertinente et dérangeante sur notre société hyperconnectée. J’ai été particulièrement séduit par la pertinence de son analyse sur la manière dont les réseaux sociaux façonnent notre grille de lecture du monde et sont capables d’influencer les opinions publiques, d’attiser les haines et la fracture de nos sociétés, tout en contribuant à la diffusion et la normalisation des idées les plus radicales jusqu’à les rendre acceptables par le plus grand nombre. Cette création brillante nous vient du talentueux scénariste Éric Benzekri, déjà acclamé pour sa série politique hautement prémonitoire "Baron Noir".


La fièvre sur Canal+ : la rivalité de deux communicantes 2.0


La série tourne autour de la rivalité entre deux jeunes femmes, autrefois amies et anciennes collègues au sein d’un cabinet d’études d’opinion. Le duel oppose Samuelle « Sam » Berger, désormais spin-doctor au sein d’une agence de communication de crise, et Marie Kinsky, reconvertie en stand-uppeuse ironique et sensuelle de la droite identitaire ". Par le truchement des médias traditionnels et surtout des réseaux sociaux, elles vont se livrer un combat sans merci pour orienter l'opinion publique. L’une cherche à attiser les peurs et les haines qui traversent le pays en soufflant sur les braises mal éteintes de plusieurs polémiques hautement inflammables, l’autre s’efforce d’éteindre les départs de feux de sa rivale. La new rooms de l’agence de communication qui prends le pouls en temps réel des comptes, des contenus et des tendances qui font le buzz est une vraie réussite visuelle et constitue un ressort narratif original et efficace.


Les réseaux sociaux, pour le meilleur comme pour le pire


C’est bien un des aspects les plus fascinants de la série que de suivre le duel à distance entre ses deux héroïnes, brillamment interprétées par Nina Meurisse et Ana Girardot. La fièvre nous plonge au cœur d'une relation complexe où s'opposent et se rejoignent deux visions du monde. C'est un véritable jeu d'échecs par média interposés auquel se livrent les deux protagonistes, qui mobilise d’une part leur connaissance intime du corps social et des ressorts psychologiques qui animent les individus, et d’autre part une maîtrise subtile de la mécanique des médias sociaux, et de leur capacité à amplifier un message, en enfermant les individus dans des chambres d’échos qui leur renvoient ad nauseam le même message. La série met particulièrement en lumière l’ambivalence des réseaux sociaux, à la fois l’instrument indispensable de Marie Kinsky pour inoculer le poison de ses idées réactionnaires et mortifères, mais aussi le véhicule privilégié de Sam Berger pour administrer son antidote à une société enfiévrée, où comment révéler avec brio les deux faces d’une même médaille.


La fabrique de l’opinion à travers des chambres d’écho


Un des aspects les plus troublants de la série est la manière dont elle expose la capacité des réseaux sociaux à instiller des idées et des messages radicaux au sein d’une communauté en ligne composée d’individus à priori plutôt réfractaires à ses valeurs. Marie Kinsky se paie les services d’un hacker particulièrement bien outillé, qui à l’aide de comptes fantômes et autres « bots », va infiltrer et prendre progressivement le contrôle du compte d'une influenceuse féministe à priori hostile aux idées et messages de notre apprenti-sorcière. Cette intrigue montre de façon saisissante comment une personne peut être contrainte, voire manipulée, pour diffuser des messages contraires à ses valeurs profondes à travers la chambre d’écho constituée par sa communauté de followers. Une perspective plutôt glaçante.


L’ombre des heures sombres de l’histoire européenne du XXe siècle


Cette exploration des manipulations médiatiques et de l'opinion publique fait aussi douloureusement écho à l’ouvrage "Le Monde d'hier" (Die Welt von Gestern), remarquable essai testamentaire de Stefan Zweig, ouvrage cité à plusieurs reprises dans la série. L’écrivain viennois y décrit avec une lucidité qui confine au désespoir comment la société cultivée et cosmopolite de la Mitteleuropa du début du XXe siècle céda la place en quelques décennies aux divisions et ravages des idéologies totalitaires qui précipiteront l'Europe dans sa chute. Une réflexion toujours actuelle qui devrait nous inciter à une vigilance accrue face à la manipulation de l'information et des médias!


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Jean-Alexis Toubhantz

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Bienvenue sur mon blog. Au fil des articles publiés sur nos vies numériques, j’interroge les opportunités comme les menaces de la révolution numérique pour notre quotidien, nos sociétés démocratiques, notre vie culturelle, les prochaines générations, etc.

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