Un syndicat chez Amazon
Vendredi 1er avril 2022, et ce n’est pas un poisson d’avril, une première organisation syndicale a vu le jour sur le sol américain au sein de la multinationale Amazon, championne hors catégorie du E-commerce et 2e plus gros employeur privé dans le monde

Même si le syndicat n’est pour l’instant rattaché qu’à un seul entrepôt du géant de la distribution en ligne, un verrou a sauté, et risque de faire tache d’huile dans l’ensemble du groupe qui emploie aujourd’hui plus de 1,5 millions de salariés, ce qui en fait le 2e plus gros employeur privé dans le monde (après la chaîne de supermarché Wallmart). Il faut dire que l’activité d’Amazon a été littéralement dopée par la pandémie : l’entreprise a dû embaucher à tour de bras et a doublé son nombre d’employés en l’espace de 2 ans. Et cette croissance n’a pas l’air de s’arrêter.
Le nouveau visage du travail ouvrier en Occident
Ces dernières années, les gigantesques entrepôts logistiques d’Amazon ont poussé comme des champignons, au plus près des nœuds de communication importants et des bassins de consommateurs aux États-Unis comme en Europe. De nombreuses enquêtes ont mis en exergue la naissance d’un nouveau prolétariat. Ces centres logistiques incarnent aujourd’hui le nouveau visage du travail ouvrier dans les pays occidentaux, confronté au déclin irréversible de leur industrie lourde et manufacturière, et de leur classe ouvrière traditionnelle. Les conditions de travail difficiles (cadences infernales, pauses minutées), la précarité des emplois (CDD, turn-over élevé) et les maigres salaires consentis par Amazon font régulièrement la une des journaux.
Une avancée majeure pour le nouveau prolétariat précarisé du numérique
Jusqu’ici, les tentatives d’organisation des salariés du groupe pour obtenir de meilleures conditions de travail avaient été combattues avec opiniâtreté par Jeff Bezos, le fondateur et PDG du groupe, farouchement opposé à une quelconque immixtion d’un tiers dans la gestion de sa société. La création d'un syndicat chez Amazon est donc une avancée majeure pour les droits des salariés de la multinationale, mais aussi un signal fort envoyé à toutes les entreprises de la révolution numérique (Uber et consorts) dont une partie de leur modèle d’affaire repose sur la précarisation de leurs employés, et une reconnaissance à minima des acquis sociaux issus des luttes syndicales du début du siècle dernier. Les prochaines années nous diront si la création d’un syndicat chez Amazon peut conduire à la mise en place d’un nouveau pacte social au sein de l’économie du numérique.
Comments